Tu as découpé des images pour les coller sur un carton ou tu les as rangées dans un dossier de ton téléphone. Un appartement plein de lumière, un compte en banque qui respire enfin, deux personnes qui rient au bord de la mer. Ton tableau de visualisation est là depuis des semaines et tu le regardes le matin en buvant ton café… mais il ne se passe pas grand-chose.
Alors je te dis tout de suite ce que je pense : tu n'y es pour rien. Le tableau de visualisation, tel qu'on l'enseigne partout, te place au mauvais endroit de la scène. Une recherche m'a surprise là-dessus et Neville Goddard disait quelque chose de très proche bien avant la mode du vision board. Et tu n'as pas besoin de jeter ton tableau pour autant.
Un tableau de visualisation, c'est quoi ?
Un tableau de visualisation, qu'on appelle aussi vision board, rassemble des images et des mots qui représentent ce que tu veux dans ta vie. Un panneau en liège au-dessus du bureau, une double page de carnet, un fond d'écran : l'idée est de l'avoir sous les yeux tous les jours.
Il s'est répandu avec le film Le Secret en 2006, qui l'associe à la loi d'attraction : à force de regarder l'image, tu finirais par attirer la chose. On range tout ça sous le nom de visualisation créatrice. La loi d'attraction vient d'un courant spirituel américain du dix-neuvième siècle et pas d'un laboratoire. Ça ne la rend pas fausse pour autant, ça dit juste d'où elle vient. Ici je reste sur le tableau de visualisation lui-même, parce qu'il a un problème bien à lui.
Pourquoi un tableau de visualisation change si peu de choses
Regarde comment on le fabrique. Tu cherches des images de la chose : la maison, la voiture, le voyage, parfois la personne. Souvent des photos de Pinterest avec quelqu'un d'autre dedans. Puis tu les accroches au mur et tu les regardes depuis ton canapé. Chaque matin ton œil te redit la même information sans que tu t'en rendes compte : ce que tu veux est accroché là, à deux mètres de toi.
Et puis le tableau devient un endroit où tu vérifies. Tu le regardes en te demandant si ça avance et tu comptes les semaines depuis que tu l'as fait. Tout le monde fait ça devant une promesse qui tarde, il n'y a rien à te reprocher. On t'a donné un outil sans te dire comment le tenir.
Ce que la recherche a mesuré quand on rêve l'arrivée
En 2011, deux chercheuses de l'université de New York, Heather Barry Kappes et Gabriele Oettingen, ont publié une série d'expériences qui touche exactement à ce qu'on fait devant un tableau de visualisation.
Dans la première, des étudiantes devaient imaginer qu'elles portaient une paire de chaussures à talons magnifique. Un groupe rêvait la version idéale : la démarche est gracieuse, les regards se tournent. L'autre groupe partait de la même image puis devait se demander si c'était vraiment si bien, avec les pieds qui font mal et l'ampoule qui se forme. Avant et après, on leur mesurait la tension artérielle, dont les chercheuses se servent comme indicateur de l'énergie que le corps mobilise. Chez celles qui avaient rêvé la version parfaite, la tension avait baissé. Chez les autres, elle n'avait pas bougé.
Dans une autre expérience, des étudiants ont imaginé leur semaine idéale. Une semaine plus tard, ils disaient en avoir moins accompli que ceux qui avaient simplement noté ce qu'ils pensaient de la semaine à venir. Et la baisse d'énergie était plus nette quand le rêve portait sur quelque chose dont la personne avait vraiment besoin à ce moment-là. Au total, quatre expériences et un peu plus de trois cents étudiants américains.
Elles proposent cette explication : le rêve fait vivre l'arrivée dans le présent alors le corps ne mobilise plus l'énergie qui servirait à y aller. Maintenant pense à ton tableau. Ce sont précisément les choses que tu désires le plus, dans leur version idéale, que tu regardes tous les jours en te sentant bien un instant.
Ce que cette étude ne dit pas
Ce sont des moyennes sur des groupes, pas une prédiction pour toi. Ce sont des étudiants dans un seul laboratoire et je n'ai pas trouvé de réplication indépendante : je te le donne comme un signal sérieux et pas comme une loi. Surtout, personne dans ces expériences n'a fabriqué de tableau. Ce qui a été testé, c'est le fait de rêver un futur parfait. C'est très proche de ce qu'on fait devant un vision board mais ce n'est pas la même chose, alors je ne vais pas te dire que la science a démontré que les tableaux ne marchent pas.
Ce que Neville demandait au lieu de regarder un mur
Neville Goddard est mort en 1972 et il n'a jamais parlé de tableau de visualisation. Mais sa distinction centrale éclaire tout ça : penser à ce qu'on désire ou penser depuis ce qu'on désire.
Penser à, c'est regarder ton désir de l'extérieur. Selon lui on peut penser à son but pendant dix ans sans que rien n'arrive. Penser depuis, c'est occuper l'état et regarder le monde de là. Il prend l'image du théâtre : assis dans le public, tu décris une scène vide en face de toi. Debout sur la scène, tu ne te vois pas, tu vois la salle. Un tableau accroché au mur te met dans le fauteuil, par construction.
Dans la pratique, il demande une scène courte qui ne pourrait se produire qu'après la réalisation du désir, vécue à la première personne. Dans sa première leçon de 1948, il présente une seule erreur comme la ligne de partage entre réussir et échouer : se regarder agir comme sur un écran de cinéma au lieu de se sentir agir. Et il donne un repère pour s'arrêter, le soulagement. Il marque la fin de la séance mais il ne dit rien de ce qui va se passer dehors.
Est-ce que sa façon de faire échappe à ce que Kappes et Oettingen ont mesuré ? Personne ne l'a testé et je ne vais pas prétendre le contraire. Je constate seulement qu'une scène de quelques secondes vécue de l'intérieur ressemble peu à un futur parfait qu'on admire tous les matins. Si tu découvres Neville, mon guide pour débuter avec la loi de l'assomption pose les bases.
Comment utiliser un tableau de visualisation sans tomber dans le piège
Tu peux garder ton tableau de visualisation. Je te propose de changer ce qu'il y a dessus et ce que tu en fais.
Mets ce qui vient après, pas la chose
Au lieu de la photo de l'appartement, une clé dans une main. Au lieu d'une somme sur un relevé, un mot de remerciement de quelqu'un que tu as pu aider. Au lieu du couple de magazine, deux tasses sur une table un dimanche matin. Pour chaque image, pose-toi la question : est-ce que ça pourrait arriver si mon désir n'était pas réalisé ? Si oui, remplace-la par ce qui la suit.
Choisis des images vues depuis tes yeux
Une photo avec un modèle dedans, c'est quelqu'un d'autre que tu regardes vivre ta vie. Cherche plutôt des images prises du point de vue de la personne : des mains sur un volant, la vue depuis un bureau, un plafond vu depuis un lit. Tu peux même les prendre toi-même !
Écris à côté ce qui risque de coincer
Gabriele Oettingen propose une méthode qu'elle appelle le contraste mental : tu imagines le résultat, puis l'obstacle en toi qui risque de t'arrêter, puis ce que tu feras ce jour-là. Sur ton tableau de visualisation, ça tient en une ligne en bas, du genre « si je n'ai pas envie de chercher ce soir, alors j'envoie une seule candidature ». J'en détaille la version en quatre temps dans l'article sur la visualisation et la loi d'attraction.
Regarde-le une fois puis ferme les yeux
Sers-t'en comme d'un point de départ le soir : tu le regardes une minute, tu fermes les yeux, tu entres dans une seule scène et tu la vis de l'intérieur jusqu'à ce que le calme arrive. Puis tu arrêtes. Pas besoin ensuite d'aller vérifier s'il a « marché » : selon Neville, les signes suivent, ils ne précèdent pas.
Garde un seul désir au centre
Un tableau avec quarante images, c'est quarante endroits où ton attention part en même temps. Neville préférait un seul désir bien défini par séance et quand on en a plusieurs, il propose de les fondre dans un sentiment global : ce que tu ressentirais si tout ça allait de soi. Une image centrale pour cet état suffit. Si tu n'as jamais pratiqué ce genre de scène, le guide gratuit Manifestation Express te donne trois exercices simples pour commencer.
Ce qu'un tableau de visualisation peut faire pour toi
Je ne vais pas te dire qu'un tableau attire quoi que ce soit. Mais il fait une chose réelle et documentée : quand tu as nommé précisément ce que tu veux, tu le remarques partout. C'est l'attention sélective. Tu veux une voiture rouge et d'un coup tu ne vois plus qu'elles, alors qu'il y en avait déjà autant avant. Un tableau de visualisation garde ton objectif présent et tu repères des occasions que tu laissais passer. Les saisir, c'est toi.
Et puis il y a ce que je crois, moi : l'endroit d'où tu regardes ta vie change ce que tu en fais. Je l'ai vécu avec mon appartement, le jour où j'ai arrêté de penser à l'idée d'habiter seule pour penser depuis cet état. C'est une conviction, je ne peux pas te la prouver.
Ce que le tableau ne fera pas, c'est décider à la place des autres. Si quelqu'un que tu aimes est dessus, l'autre garde ses propres choix.
Si ton tableau est accroché depuis des mois
Ça ne veut pas dire que tu as mal fait. Tu as suivi sérieusement une consigne qu'on t'a donnée à moitié et certaines choses ne dépendent pas de toi : le moment où elles arrivent, les décisions des autres, le hasard d'une rencontre. Si plus rien ne bouge malgré tout ce que tu fais, j'ai rassemblé les causes les plus fréquentes dans pourquoi ta manifestation ne marche pas, avec celle qu'on oublie toujours : que ça ne vienne pas de toi.
Et si tu as écrit des affirmations sur ton tableau, garde celles que tu crois déjà un peu. Je crois qu'une phrase trop grande peut faire plus de mal que de bien, je l'explique dans l'article sur les affirmations positives.
Pour finir
Ton tableau de visualisation peut rester au mur. Tourne-le vers ce qui vient après et laisse-le t'ouvrir une scène courte le soir au lieu de le fixer en attendant.
Ce soir, prends une seule image et pose-toi la question de Neville : est-ce que ça pourrait arriver si ce n'était pas vrai ? Remplace-la si besoin et regarde comment tu te sens devant la nouvelle.
Dans Manifeste ta vie sans limites, je reprends la méthode de Neville dans l'ordre où elle se vit, avec à chaque étape l'erreur qu'il signale lui-même. La page 45 montre les deux positions, spectateur et acteur, sur une même scène. Livre PDF de 94 pages, 39 €.
Découvrir le livre →La source de cet article :
Heather Barry Kappes & Gabriele Oettingen, « Positive fantasies about idealized futures sap energy », Journal of Experimental Social Psychology, 2011, vol. 47, n° 4, p. 719-729. Voir la publication →
Une étude produit une moyenne sur un groupe, jamais une promesse pour une personne. Je cite mes sources parce que tu as le droit d'aller vérifier ce que je te raconte.