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Manque de confiance en soi : par où on commence vraiment.

Tu sais exactement ce que tu devrais faire. Demander cette augmentation, répondre au lieu de te taire, partir plus tôt, dire non. Tu le sais et tu ne le fais pas et c'est ça qui use le plus.

Le manque de confiance en soi ne ressemble pas toujours à quelqu'un de timide. Souvent il ressemble à quelqu'un qui s'excuse d'exister avant qu'on lui demande quoi que ce soit.

Confiance en soi et estime de soi : ce n'est pas pareil

On les confond tout le temps et ça envoie les gens travailler la mauvaise chose.

La confiance en soi porte sur ce que tu fais. Tu te sens capable de conduire, de parler en réunion, de cuisiner pour dix. Elle est spécifique à un domaine et elle se construit par la pratique.

L'estime de soi porte sur ce que tu vaux. Elle ne dépend pas d'une compétence. On peut être excellent dans son métier et penser qu'on ne mérite pas d'être aimé.

Si tu es très bonne dans ton travail et que tu t'effaces dès qu'il s'agit de toi, ce n'est pas de confiance que tu manques. Passer des heures à améliorer tes compétences ne changera rien, parce que ce n'est pas là que ça se joue.

Pourquoi les phrases positives ne suffisent pas

C'est le premier conseil qu'on te donne partout : répète-toi que tu es forte, note trois qualités le matin, parle-toi comme à une amie.

Il faut que je te dise ce qui a été mesuré là-dessus, parce que ça explique pourquoi tu t'es sentie encore plus mal après avoir essayé.

En 2009, trois chercheurs ont fait répéter à 68 personnes une phrase positive sur elles-mêmes. Le résultat dépend entièrement de qui répète. Celles qui avaient déjà une bonne estime d'elles se sentent un peu mieux. Celles qui avaient une estime basse se sentent plus mal que celles qui n'ont rien répété du tout. Les auteurs écrivent que la répétition n'a pas rattrapé l'écart entre les deux groupes : elle l'a creusé.

Une autre étude, sur 116 personnes, va dans le même sens : se forcer à ne considérer que le positif aggrave l'humeur des personnes les plus fragiles. Et ce qui les protège, c'est d'avoir le droit de trouver la phrase un peu fausse.

Ce que ça veut dire concrètement. Ce n'est pas que les phrases ne servent à rien, c'est que la formulation décide du sens de l'effet. « Je suis magnifique » dit devant un miroir un jour difficile te met en face de l'écart, dix fois par jour. « J'apprends à me regarder sans me démolir » passe, parce que tu peux y croire aujourd'hui.

La règle tient en une ligne : une phrase doit rester croyable pour toi. Si elle te fait lever un sourcil, descends d'un cran.

Comment se construit la confiance en soi, vraiment

Par des preuves, une à la fois. Pas par de la conviction.

Un psychologue, Carl Rogers, décrit le mal-être comme l'écart entre la personne qu'on pense être et celle qu'on voudrait être. Tu ne combles pas cet écart en te répétant que tu es déjà l'autre. Tu le combles une preuve à la fois.

Et le mot identité vient d'ailleurs du latin identidem, qui veut dire « à répétition ». Ton identité n'est pas une étiquette dans ta tête, c'est qui tu es de manière répétée. Ce qui est une bonne nouvelle : ça veut dire qu'elle se déplace par des gestes, pas par des décisions.

Il y a une image que j'aime pour ça, celle de l'élastique. L'image que tu as de toi agit comme un élastique : tu peux agir contre elle un moment, mais à la première baisse d'énergie, elle te ramène brutalement à ton comportement habituel. C'est pour ça que les grandes résolutions tiennent trois semaines. Ce n'est pas un manque de volonté, c'est un élastique qu'on n'a pas déplacé.

Par où commencer, ce soir

Trois choses et aucune ne demande de motivation.

Baisse la barre jusqu'à ce que ce soit ridicule. Pas « je vais être plus sûre de moi », mais « je réponds à ce message sans relire quatre fois ». Une preuve minuscule vaut mieux qu'un objectif que tu ne tiendras pas, parce qu'elle a une chance d'exister.

Choisis un vote par jour. Chaque micro-décision est un vote pour le type de personne que tu deviens. Et tu n'as pas besoin d'un score parfait : une majorité relative suffit, cinquante et un contre quarante-neuf. Un jour où tu décroches n'est pas un retour à zéro, c'est un jour.

Arrête de mesurer ta valeur là où elle ne se mesure pas. Le nombre de vues, la réponse d'une personne, la comparaison avec quelqu'un dont tu ne connais que ce qu'il publie. Il y a d'ailleurs un résultat rassurant là-dessus : des chercheurs ont mesuré ce qu'ils appellent le liking gap. Après une conversation, les gens vous apprécient nettement plus que vous ne le croyez, d'environ 0,65 point sur une échelle de 7 et l'écart tient sur cinq mois. Autrement dit, ce que tu crois lire dans le regard des autres est déjà plus sévère que la réalité.

Les trois obstacles qui reviennent le plus

Quand quelqu'un m'écrit qu'il manque de confiance, il y a presque toujours l'un de ces trois là en dessous et ils ne se traitent pas pareil.

Le besoin de validation. Tu vas bien tant qu'on te le confirme. Un message sans réponse, un compliment qui ne vient pas et tout se défait. Le travail ici n'est pas d'obtenir plus de validation, c'est de tenir une journée entière sans en recevoir sans que ça s'effondre.

Le sentiment d'être en retard. Les autres ont l'air d'avancer, toi tu as l'impression de rattraper. C'est un des mensonges les plus efficaces qui soient, parce qu'il compare des calendriers qui n'ont aucune raison de se ressembler.

Savoir et ne pas faire. Le plus frustrant des trois. Tu as lu, tu as compris, tu sais exactement ce qu'il faudrait faire. Et rien ne bouge. Ce n'est pas un problème d'information donc lire un livre de plus ne réglera rien. C'est un écart entre ce que tu sais et ce que tu crois possible pour toi.

Le piège de la comparaison

Il mérite sa section, parce qu'il annule tout le reste.

Tu compares ton quotidien, avec ses matins difficiles et ses doutes, à ce que les autres choisissent de montrer. Ce n'est pas une comparaison, c'est un montage contre un making-of.

Et il y a plus vicieux : plus ton estime est basse, plus tu cherches ces comparaisons, parce qu'elles confirment ce que tu crois déjà. Ce n'est pas de la masochisme, c'est du confort. Une croyance confirmée demande moins d'énergie qu'une croyance à revoir.

Le geste qui marche n'est pas mental, il est pratique : retire de ton fil les comptes qui te font ça. Pas pour toujours, pas par principe. Le temps que tu reconstruises quelque chose qui tienne debout sans avoir besoin d'être le meilleur.

Et si ça vient d'une histoire précise

Parfois le manque de confiance n'est pas un fond de caractère. Il date d'un événement qu'on peut nommer : une rupture, une humiliation, un parent difficile, une période où on s'est perdue.

Dans ce cas, travailler la confiance « en général » ne donne pas grand-chose, parce que le problème a une adresse précise. Et si cette adresse est une relation qui t'a abîmée, il y a des articles plus adaptés ici, notamment sur l'extinction après une rupture.

Une dernière chose et je préfère la dire : si ça dure depuis des années, si tu ne dors plus, si l'idée de disparaître t'a traversée, va voir un professionnel. Ce n'est pas un échec, c'est le bon outil pour ce niveau là. Et il y a le 3114, gratuit, 24 heures sur 24, si cette dernière idée est là en ce moment.

Les sources de cet article :

Joanne V. Wood, W. Q. Elaine Perunovic & John W. Lee, « Positive Self-Statements: Power for Some, Peril for Others », Psychological Science, 2009, vol. 20, n° 7, p. 860-866. Voir la publication →

Erin J. Boothby, Gus Cooney, Gillian M. Sandstrom & Margaret S. Clark, « The Liking Gap in Conversations: Do People Like Us More Than We Think? », Psychological Science, 2018, vol. 29, n° 11, p. 1742-1756. Voir la publication →

Une étude produit une moyenne sur un groupe, jamais une promesse pour une personne. Je cite mes sources parce que tu as le droit d'aller vérifier ce que je te raconte.

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